| !! Cette histoire est déconseillée à un public jeune, la plupart des propos pouvant heurter leur sensibilité !! |
16 Juillet 2018
_Kieran.
Comme je le présentais, Soléa s’est faufilée au rez-de-chaussée pour manger quand elle pensait que je dormais. Je ne voulais pas l’affamer, alors je lui ai laissé le temps de s’alimenter.
Elle faisait la vaisselle quand j’en ai profité pour m’avancer vers elle discrètement. Je savais que j’allais lui filer une nouvelle fois la frousse, mais bon, c’était ça ou dans trois semaines, je serais encore à lui courir après comme un chien.
- Soléa, il faut qu’on parle.
Elle sursauta en poussant un cri d’effroi, cette fille n’était pas tranquille ma parole.
- Doucement, il n’y a que nous ici, pourquoi as-tu toujours aussi peur ?
- Tu me fais peur.
- Je te fais peur ? Mais je ne t’ai rien fait…
- Tu arrives toujours tel un loup affamé, tu me fous la frousse…

Sa comparaison au loup me fit sourire, elle avait vu juste, j’étais un loup et affamé.
- Si tu as peur du loup, ne reste pas dans la forêt mon petit chaperon rouge !
- Ne flirte pas avec moi, Kieran, ce n’est pas le moment.
Si ce n’était pas un râteau en bonne et due forme, je ne sais pas ce que c’était.
- Sérieusement, il faut qu’on parle.
- Certainement pas maintenant.
- Certainement que si.
- Tu as déjà dit ce que tu avais à dire, je t’ai entendu, tu es désolé.
- Je t’aime Soléa.
Elle me regardait avec ses deux petits yeux en billes, comme si elle rêvait, comme si j’avais dit la plus grosse bêtise de toute ma vie.

- Il y a dix ans, quand mon père est entré dans ma chambre ce soir après les résultats, il m’a pris de court, il a dit qu’il avait eu un coup de téléphone, quelqu’un avait certainement découvert notre petit secret et j’étais un gamin, j’ai obéi à mon père, Soléa.
- Un coup de téléphone ? Comment ça ? Qui a pu faire ça ? On était discret.
- Je n’en sais rien, je ne me suis jamais plus posé la question à vrai dire… Tu sais quand Alice m’a appelé pour me dire pour mon père… ça m’a attristé, même si ce que je vais dire est horrible, mais j’étais content, une partie de moi était aux anges parce que je savais que je pourrais enfin te retrouver et que personne ne pourrai nous empêcher d’être ensemble.
- Tu pensais vraiment que j’allais t’attendre toute ma vie Kieran ? Je t’ai attendu longtemps et quand j’ai compris que tu ne reviendrais jamais… je suis passé à autre chose.
- Mon père ne voulait pas m’envoyer loin de vous si longtemps, j’ai choisi de rester, je l’ai fait parce que si je revenais, je savais que je ne pourrais pas me passer de toi, et mon père ne l’aurait pas supporté. J’ai dû choisir entre vous deux et pardonne-moi de ne pas t’avoir choisi, j’aurais dû. J’aurais dû me battre pour toi. Je t’aime, je t’aime vraiment.

J’avais les larmes aux yeux malgré moi et je voyais Soléa dans le même état que moi, j’avais enfin éclairci cette zone d’ombre qui pesait sur nous depuis bien trop longtemps. Il fallait maintenant qu’on parle du présent.
- Et bien ça t’excuse peut-être pour les dix dernières années, mais pas pour les derniers mois…
- Je voulais juste renouer avec toi, retrouver notre complicité, mais c’est parti en couille, sans mauvais jeu de mots. Il y avait trop de choses entre nous, je voulais résister, mais se simple baiser sur la plage, m’a fait perdre la tête.
Elle était mal à l’aise parce que c’était elle qui avait lancé les hostilités, une fois encore, ses douces lèvres étaient toujours à l’origine de tout.
- J’ai fait une erreur, j’étais en couple, je n’aurais jamais dû faire ça…
- Mais tu l’as fait, je ne vais pas te le reprocher, je te veux, Soléa, je t’aime.
- Non Kieran, l’amour ce n’est pas ça, l’amour ce n’est pas disparaître au moindre obstacle, l’amour ce n’est pas abandonner l’autre, l’amour ce n’est pas mentir…
- Laisse-moi une chance de te montrer que je vaux mieux que ce que je t’ai montré ces derniers temps.
- Ta chance, tu l’as perdu en foutant le camp la dernière fois.

Roulants sur ses deux joues rougies par la tristesse, des grosses larmes, elle a fui à l’étage. Je sentais que j’étais déjà arrivé au bout, je ne voulais pas en rajouter, alors je l’ai laissé partir. J’étais fou de rage, elle était bornée et ne voulait rien entendre, elle ne devait pas tenir ça de sa mère, qui m’avait au moins laissé le bénéfice du doute quand je suis revenu lui demander où je trouverais Soléa. « Ne gâche pas tout mon garçon » m’avait-elle dit, j’avais peur d’avoir déjà tout gâché.
J’ai tourné en rond pendant un moment avant de finir par m’endormir sur le canapé. Ce n’était pas pire que les lits de camp qui nous étaient attribués en mission, et pourtant, je commençais à avoir mal au dos. J’étais tellement tendu que ça devait sûrement jouer sur mon état.
Le réveil fut plutôt difficile et voir même brutal, je me suis carrément cassé la gueule de ce foutu canapé, comme si ce n’était pas déjà assez emmerdant comme situation. Je sentais que cette journée était en train de me dire « va te faire foutre Kieran ». Je me suis donc levé en rogne.
Je ne savais plus quoi faire pour Soléa, je lui avais dit que je l’aimais et c’était comme si je ne l’avais pas fait. Elle est passée au-dessus, balayant ma déclaration d’un coup de pied au cul. Putain je croyais que toutes les filles attendaient juste qu’on leur dise pour les faire fondre, comme quoi Soléa était vraiment une femme unique.

Une douche apaiserait mes sens pour au moins un instant. Sous le jet d’eau, je me répétais en boucle comme un mantra « Accroche-toi Kieran, elle en vaut vraiment la peine ». M’habillant, je voulais commencer cette journée de meilleure humeur qu’il y avait quelques instants. Allez lui chercher des viennoiseries, voilà la tâche que j’allais m’employer à faire avant son réveil.
À deux pas de la porte, avant que je n’attrape mon casque, j’ai entendu ses pas accourir, le temps que je me retourne, sa main glissait dans la mienne. Elle était toute larmoyante.
- Je t’en prie, ne pars pas, c’est moi qui suis désolée, ne m’abandonne pas, ne nous abandonne pas… pas maintenant. Je t’aime.
J’étais sans voix, pantois, je ne m’attendais pas à ce qu’elle s’exprime comme ça, maintenant, pas après ce qu’elle m’avait dit la veille au soir. Je me sentais heureux, me repassant sa déclaration en boucle dans la tête. Finissant par buter sur une partie, sourcils froncés, ma bouche n’a sorti qu’un seul et unique mot.
- Nous ?

La mine confuse, tête baissée, une main posée sur son ventre, je n’avais pas besoin d’un bac+5 pour comprendre ce qu’elle essayait de me dire. J’étais encore plus éberlué que deux minutes plus tôt.
- Mais il est… c’est le mien ?
- Évidemment.
- Tu avais dit que ça ne craignait rien…
- Je sais très bien ce que j’ai dit Kieran, mais visiblement avec toi, on est jamais sûr de rien…
- Tu veux le garder ?
Le regard fuyant, les larmes qu’elle essayait de cacher, tant bien que mal, mais qui ruisselaient le long de ses pommettes, elle était muette, malheureuse.
- Tu veux que je… ?
- Quoi ? Non !

Soléa a semblé si soulagée d’un coup, je l’ai ramené tout contre moi, d’une façon qui m’avait vraiment manquée. Sa peau douce me calmait, ses yeux emplis de brume me terrorisaient.
- Tu veux toujours de moi ? Tu n’es pas fâché ?
- Je te veux toi et tout ce que tu m’apporteras, Soléa. Il ne s’est pas fait tout seul à ce que je sache ! Et non, je ne suis pas fâché, pourquoi le serais-je ? Je t’aime.
J’ai approché doucement ma bouche de la sienne, au cas où elle me repousserait encore, pour dieu sait quelle raison, mais avec Soléa, moi aussi, je n’étais sûr de rien. C’est elle qui a fait la moitié du chemin qui restait pour m’embrasser.
C’était une explosion de bonheur, cette fois, elle était à moi, on pourrait commencer quelque chose de nouveau, sans obstacles. Une nouvelle vie, une vie qui commencerait bien vite à trois, mais je n’étais pas déçu. Après notre baiser, je l’ai regardé, elle était belle.

- Tu sais que… je voulais juste aller t’acheter des croissants, je ne comptais pas partir.
Le regard de Soléa est passé par plusieurs émotions, elle a commencé par être surprise, puis la fureur a pris place juste derrière et enfin elle était amusée. Elle m’a donné une petite tape sur l’épaule.
- Tu peux toujours aller m’en chercher, j’ai une faim de loup !
La joie qui se lisait sur son visage était communicative, je l’ai embrassé tendrement, j’ai attrapé mon casque et je suis sorti. J’étais un nouvel homme, un homme heureux et comblé et rien ne pourrait entacher cette euphorie naissante.