| !! Cette histoire est déconseillée à un public jeune, la plupart des propos pouvant heurter leur sensibilité !! |
7 Juillet 2018
Seulement trois mots.
- Il est mort.
Ce sont ces trois mots que j’ai entendus en décrochant mon téléphone au beau milieu de la nuit. J’ai reconnu la voix de ma mère. Qu’est-ce qu’elle racontait ?
- Qu’est-ce que tu dis maman ?
Elle s’est mise à sangloter, au bout du fil, avant de me répondre, sa peine m’avait instantanément réveillée.
- C’est Sam, il… il vient de nous quitter, Soléa…
La véracité de ses mots me heurtait de plein fouet. Sam ? Mais il allait bien à notre dernier coup de fil.
- Je… Je suis désolée maman.
- Je crois que je n’arriverais pas à m’en remettre Soléa, pas encore une fois…
Je pouvais comprendre sa peine, c’était le second mari qu’elle mettait en terre. J’ai sauté hors du lit, il fallait que je prépare les valises et que je la rejoigne au plus vite.

- J’arrive maman, ne t’inquiète pas.
J’ai bouclé les sacs, fermée le gaz et nous avons pris la route. Une petite heure me séparait du domaine familial, elle serait vite engloutie. J’étais anxieuse, Irvin le sentait et n’osait pas me parler, le trajet s’est fait en silence.
En me garant, l’angoisse me prenait aux tripes, la chair de poule m’envahissait jusqu’à me faire frissonner, je revenais régulièrement ici, mais aujourd’hui, c’était différent et j’avais peur.
- Ça va aller ma chérie ?
- Ça ira, ne t’inquiète pas.
Il a embrassé ma joue avant de sortir et d’ouvrir à Némésis, la chienne était contente de retrouver la terre ferme. Je commençais à devenir paranoïaque à regarder un peu partout. Ma mère nous a ouverts et nous a laissé entrer avant de me prendre dans ses bras.
- Merci ma puce, je suis désolée de t’avoir réveillé en pleine nuit.
- Maman, ne raconte pas de bêtises… c’est moi qui suis désolée pour toi… Sam était comme un père pour moi.

Elle s’est mise à pleurer dans mes bras, avant de se reprendre et de saluer Irvin. Nous l’avons suivi dans la cuisine. Elle avait préparé du café et j’en avais grandement besoin après les heures de sommeil en stock que j’avais, c’est-à-dire, très peu ! Irvin baillait aux corneilles à côté de moi.
- Tu peux aller te reposer, tu sais, je viendrais te rejoindre un peu plus tard.
Il s’est excusé, comme le gentleman qu’il était puis est parti à la recherche de la chambre que ma mère nous attribuait lors de nos visites, parce que « c’est inconcevable que je laisse dormir un couple dans une chambre d’adolescent ». J’aimais quand même monter m’asseoir sur mon lit de temps en temps et me remémorer ces fameuses années. Je ressortais bien vite quand mes pensées divaguaient vers de noirs souvenirs.
- Une crise cardiaque, tu te rends compte, il vivait sainement et il a eu une crise cardiaque…
- Il vivait à mille à l’heure aussi maman…
- Et je ne sais pas si le pire dans tout ça, c’est le fait que Kieran ne sera probablement pas aux obsèques de son père.

Elle avait prononcé son prénom, Kieran, ça faisait des années qu’on ne parlait plus de lui. Comme s’il était un fantôme du passé que personne n’osait n’exhumer. Je me suis sentie soulagée, c’était mal et pourtant je me sentais mieux. Je tentais de répondre normalement.
- Ah bon ? Pourquoi tu dis ça ?
- Oui, tu sais, ils n’étaient plus en très bon terme tous les deux et quand je l’ai appelé, il a raccroché après avoir entendu la nouvelle… ça me fait de la peine pour ce pauvre garçon, heureusement Samuel ne sera pas là pour voir ça…
Elle a dû se rendre compte de ce qu’elle venait de dire, car elle s’est remise à pleurer, elle était affaiblie par le chagrin.
- Tu devrais aller te reposer maman.
- Je ne peux pas, je dois avoir la visite du fleuriste et du prêtre et…
- Je vais m’occuper de tout ça d’accord.
- Je te remercie ma chérie, tout est là.

Elle me montrait du doigt un dossier, sûrement tout ce qu’elle avait prévu et qu’elle n’avait plus qu’à valider avec les membres concernés, puis elle a disparu dans le couloir.
Je me suis assise sur le canapé, très peu de chose avaient changés depuis toutes ses années, quelques bibelots par-ci par-là, mais la maison restait telle quelle. Némésis dormait à mes pieds, un coup d’œil par la fenêtre, l’automne était bien installé et il s’était mis à pleuvoir, les gouttes qui tombaient sur la piscine créaient des oscillations sur l'eau.
Ma chienne s’est levée d’un mouvement vif pour courir dans l’entrée, elle s’est mise à grogner et aboyer, ce qui n’arrivait pas très souvent.
- Quelqu’un pourrait rappeler le chien de garde ?
Je pensais rêver, ce timbre de voix, il me semblait si familier et pourtant si mature, j’ai doucement avancé vers l’entrée, ma fidèle compagne montrait les crocs et devant elle, trempé comme une souche, un amas de muscles aux cheveux noirs. Son visage semblait avoir vécu mille souffrances, mais c’était bien lui en chair et en os, Kieran.
- Némésis au pied.

Elle s’est calmée pour revenir près de moi, j’étais perdue, je ne savais pas quoi dire, ni quoi faire, ça faisait presque dix ans qu’on ne s’était pas revus. Dix longues années et il était toujours aussi électrisant, jusqu’à ce qu’il ouvre la bouche.
- Tel maître, tel chien à ce qu’on dit !!
Il ne manquait pas de culot, quel goujat. J’avais passé l’âge de lancer des vannes stupides, je décidais d’agir en adulte, ce qu’il ne savait toujours pas faire visiblement.
- Bonjour à toi aussi Kieran !
J’ai sifflé Némésis et je suis retournée en cuisine, malgré les températures actuelles, il avait réussi à faire montrer la mienne. Il était si énervant. Il n’avait vraiment pas changé.
- Je vois que tu as perdu ton humour ! Bonjour soeurette !
Kieran m’avait rejoint, et l’accent qu’il avait mis sur son « soeurette » sonnait particulièrement, faux. Tout ça dans le seul et unique but de m’énerver, car il sait à quel point je déteste qu’il m’appelle comme ça.

- Je vais aller me reposer, j’ai fait un long voyage et je suis fatigué.
- Je ne pense pas que ma mère ait prévu de faire ton lit, elle pensait que tu ne viendrais pas… tu lui as raccroché au nez.
- J’étais sous le choc, mais comme tu vois, je suis là…
- Je suis désolée pour ton père...
Je n’avais aucune envie de l’aider, mais je ne savais pas d’où il venait, peut-être de l’autre bout du monde, sa mine fatiguée et les récents évènements m’ont poussé à me montrer indulgente.
- Je vais préparer ta chambre.
J’ai pris des draps dans la buanderie avant de monter dans l’ancienne chambre de Kieran, il me suivait et Némésis n’était pas loin derrière. Comme je le pensais, son lit était défait. Cette chambre renfermait encore beaucoup trop de douloureux souvenirs, je préférais me concentrer sur ma tâche.
- C’est bizarre que cette chambre soit restée presque en l’état, je pensais qu’il en avait fait un bureau.

Je ne savais pas quoi lui répondre, alors je n’ai rien dit. Il m’observait faire son lit, un regard songeur.
- Ne m’aide pas surtout.
- Bien, si tu le demandes !
J’ai levé les yeux au ciel. Il s’est accroupi pour caresser Némésis, mais elle lui montrait les crocs, c’était vraiment drôle, parce qu’elle ne faisait jamais ça, c’était une chienne très sociable qui adorait tout le monde.
- Vilaine fille ! Tu finiras par succomber !!
Je riais intérieurement qu’il parle ainsi au chien. J’avais fini et quand je me suis relevée, il avait quitté son t-shirt, son torse tatoué cachait des cicatrices, je l’ai examiné un instant avant de revenir à moi, je perdais les pédales.
- Merci Soléa.
Son sourire n’avait rien d’amical, il était en train de sourire parce que je m’étais perdue en chemin, mais il pouvait toujours courir, s’il pensait que je pourrais retomber dans mes travers. J’ai appelé la chienne et je suis sortie. Ce type était toujours un abruti.